19/10/2009

LE MR : UNE NANO-OLIGARCHIE ?...

Dégommée par ses pairs de la fonction de cheffe de groupe au Sénat qu’elle occupait depuis 2003, Christine Defraigne n’est pas tendre envers la direction du M R. Fille liégeoise au franc-parler, elle supporte difficilement la non-réponse à sa demande d’analyse de l’échec électoral du 7 juin 2009. Elle s’en est exprimée dans la presse, ce qui n’a pas plu à la présidence et à certaines personnalités du MR.<><>Qu’a dit et redit la sénatrice libérale, en substance : « Il faut ouvrir le débat en interne et que les gens qui veulent s’exprimer le fassent de façon construite, sans être étiquetés « traitres » à la patrie...Je dis les choses, je suis en harmonie avec moi-même. Je n’ai pas de rancœur contre Didier Reynders. Je dis simplement qu’il est mal conseillé... J’ai le caractère de mon père (Ndlr : Jean Defraigne, ancien ministre), je n’aime pas les faux-culs. Je garde ma faculté d’indignation et d’émerveillement. ». Elle mitraille « la confiscation du pouvoir par une « nano-oligarchie » aux ordres du président Didier Reynders » et elle s’insurge contre ceux qui pensent d’abord à leur « intérêt alimentaire ». <><>Le « drame », en touchant au système oligarchique, Christine Defraigne s’attirait sans coup férir les foudres des « oligarques ». <><>« Nous ne pouvons accepter ses déclarations dans la presse, clame Alain Destexhe, sénateur. Ce n’est pas la liberté d’expression qui est en cause, mais la liberté d’expression d’un chef de groupe qui n’exprime pas que son opinion personnelle. Dans aucun parti, on ne tolérerait de telles attaques contre le président ». <><>« Le parti savait ce qui était en train de se passer, jure Philippe Monfils, sénateur, mais le président a décidé que la décision revenait aux sénateurs. Nous ne sommes pas les toutous de Reynders... Elle n’est plus en phase avec l’évolution du parti. Je n’accepte pas le caractère injurieux de ses déclarations, quand elle parle de libéraux qui défendent leur « intérêt alimentaire... ». Et il affirme : « Il y a des années que les sénateurs ne sont pas contents de leur chef de groupe ; elle est souvent absente, en retard, elle joue trop personnel, les chefs de groupe des autres partis disent qu’on ne peut pas faire d’accord sans elle ». <><>« C’est un signal très fort... Didier Reynders bénéficie d’un large soutien. Il faut que les petites phrases et déclarations cessent », martèle Armand De Decker, président MR du Sénat.Apparemment l’appel de Armand De Decker n’a pas été entendu par tous les sénateurs et par toutes les sénatrices. Car, l’intervention de la nouvelle cheffe de groupe MR au Sénat, Dominique Tilmans, dans l’interview de Christine Defraigne sur La Première, vendredi matin 16 octobre, a eu les allures de règlement de compte. <><>« Je regrette ce déballage, dit Dominique Tilmans. Quand on se fait débarquer, il est facile de trouver un coupable et de désigner Didier Reynders. C’est une décision à l’unanimité du groupe, pas une décision commandée ». <><>Réplique de Christine Defraigne ; « Cette intervention n’est pas très digne. Le groupe du Sénat est le plus subordonné aux décisions et désignations présidentielles. Cessons d’être hypocrites. Et Christine Defraigne de conclure l’interview par le tir d’un puissant éclair dans le ciel libéral : « Ambiance ! ». <><>Vous avez dit : « Ambiance, ambiance... ». <><>Du côté des tenants à la liberté de parole, c’est l’étonnement : « Personne n’est dupe... C’est le président qui désigne les chefs de groupe », soutient-on. « Je suis désolée par cette décision (le dégommage de Christine Defraigne) dans le parti des libertés fondamentales », déclare Jacqueline Galant. « Je pensais qu’on pouvait s’exprimer librement au MR, apparemment ce n’est pas le cas... Plus personne n’osera s’exprimer désormais car tout le monde dépend d’un mandat. C’est grave. Après six ans, on trouve subitement que Christine Defraigne est une cheffe de groupe nulle ». <><>Du côté des composantes du MR, on marque le coup, semble-t-il. <><>Gérard Deprez, président du MCC déclare : « ... Je considère que cette décision de démettre Christine Defraigne est plus qu’une erreur, une vraie faute politique ? Et je ne crois pas que ce sera sans suite... ». <><>Au FDF, c’est le silence total. Dans l’affaire de Rudy Aernoudt, il avait menacé de se retirer de la Fédération, puis, à la suite de la non-acceptation de la candidature de Rudy Aernoudt, le FDF s’était rassis bien sagement sur les bancs. Son silence étonne cependant. Est-ce la stratégie adoptée pour installer, sans vague de rejet, ses rampes de lancement en Wallonie ? <><>Eric Deffet, journaliste, dans l’Edito du quotidien Le Soir du vendredi 16 octobre 2009, souligne avec pertinence : « ... En sanctionnant Defraigne, le MR nie le mal qui le mine, plutôt que de le soigner ? Il s’en crée un... Un jour pourrait venir où l’agacement cédera la place à la colère, où les divergences sur l’écume des choses se changeront en lame de fond. Et ce jour-là, il sera trop tard pour s’en émouvoir ». <><>Les citoyens d’en bas, les lambda que nous sommes, n’ont pas besoin de çà : le lamentable spectacle que leur présentent les princes qui les gouvernent. Une bataille d’ego. Une agressivité de mauvais aloi. <><>La francophonie belge mérite mieux que çà : les compromis « déséquilibrés » avec la Flandre, que celle-ci remettra en cause dès qu’elle aura engrangé sa part et qu’il faudra accorder aux francophones la part qui leur reviennent. Les politiques doivent aller vers les citoyens, les écouter, leur parler clairement, leur parler sans mensonge.<><>Il est certain que les citoyens sont mal dans leur peau. Ils sont inquiets. Les Flamands recommencent à montrer les dents et à sortir leurs griffes. Ce n’est pas le moment de s’entre-déchirer à la veille du lancement de la grande offensive flamande annoncée contre Bruxelles et sa périphérie.

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