25/08/2010

UNE REVOLUTION COPERNICIENNE : FIXATION DES FRONTIERES ?

Dans un appel commun en avril 2008, les ministres-présidents, Rudy Demotte, PS, ministre-président de la Région wallonne et de la Communauté française, et Charles Picqué, PS, ministre-président de la Région bruxelloise, proposaient la mise en place d'une Fédération entre la Wallonie et Bruxelles pour renforcer les liens entre francophones.

Ils déclaraient : "Aujourd'hui (avril 2008), les Wallons et les Bruxellois se trouvent face à des enjeux déterminants pour leur avenir. Plus que jamais, ils ont tout à gagner à travailler ensemble. Nos gouvernements doivent renforcer les collaborations afin de rendre nos stratégies plus efficaces, de favoriser le développement économique de la Wallonie et de Bruxelles et de trouver des solutions à nos défis sociaux. C'est une question d'efficacité et de bon sens que les citoyens appellent de leurs vœux. Même s'ils sont souvent perdus face à l'architecture institutionnelle complexe de notre pays, ils attendent des ministres wallons et bruxellois qu'ils travaillent ensemble à l'amélioration de leur vie quotidienne et à la défense de leurs droits".

Rudy Demotte et Charles Picqué proposaient le lien d'une Fédération, véritable trait d'union permanent entre les deux composantes. "Nous sommes en effet, disaient-ils, autant attachés à l'autonomie de nos deux Régions qu'à la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles. Pour consacrer cette solidarité, une instance commune disposant de compétence et d'un budget propres - la Communauté française revisitée - est la formule la plus adéquate. En effet, penser qu'on renforcera la solidarité entre la Wallonie et Bruxelles en niant l'institution qui a vocation à les rassembler est un leurre. Sur la base de deux Régions autonomes et également compétentes, régies par le suffrage universel direct, son rôle, ses organes et son fonctionnement seront naturellement amenés à évoluer vers une Fédération Wallonie/Bruxelles. Tout en veillant; bien entendu, au respect de l'autonomie des germanophones… Une Fédération bi-régionale Wallonie-Bruxelles sera ce trait d'union équitable et efficace dont nous avons besoin".

Si l'affirmation de deux Régions solidaires guide leur proposition, encore faudra-t-il que les deux Régions disposent de frontières intangibles, respectueuses des droits des citoyens. Et cela se discute avec la Flandre : une Belgique éclatée en trois ou quatre Régions, égales en statut. Or, ni la Wallonie ni la Flandre n'avancent une extension des frontières de Bruxelles à son hinterland socio-économique-culturel.

Le "mal bruxellois" est que tant la Région wallonne que la Région flamande rejettent une région bruxelloise viable. "Pas question de céder une parcelle de territoire à la Région bruxelloise", dit-on des deux côtés. Elles la veulent sous leur dépendance financière.

Quelle étendue devrait avoir une Région bruxelloise viable ? Un de nos fidèles correspondants, Augustin Dechef, La Hulpe, éclaire la question. Il argumente : "Si l'on veut une Région Bruxelloise, non seulement forte mais tout simplement viable, que cette Région puisse survivre et si possible mieux vivre, il faut impérativement tenir compte, non seulement des critères culturels et linguistiques mais aussi et surtout des critères d'ordre économique et social.

La Région de Bruxelles doit devenir ce qu'elle est de facto, une entité socio-économico-culturelle à consacrer de jure. Le rayonnement économique et social de Bruxelles, plus personne ne le conteste, s'étend très largement au-delà de la peau de chagrin de ses 19 communes, débordant ainsi tant sur le Brabant flamand que sur le Brabant wallon. Aussi serait-il logique que fassent partie de cette Région, à peu près les 3/4 de l'étendue de l'actuel arrondissement judiciaire et électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde, la commune de Tervueren dans l'arrondissement de Louvain et la frange de communes jouxtant la "frontière" linguistique dans l'arrondissement de Nivelles. Or, il se fait que cette Région ainsi conçue existe, il s'agit de l'aire géographique de la zone téléphonique 02 qui, dès lors, pourrait prétendre au titre de onzième province, la province du Brabant bruxellois, puis l'on a cru intelligent, en son temps, de casser la Province de Brabant et, par cette bévue monstre, consacrer l'encerclement de Bruxelles en Brabant dit flamand.

En outre, il faut bien réaliser qu'une Région ne peut se résumer à une ville, à seulement du bâti et à quelques parcs. Les deux autres Régions, elles, disposent de bâti, d'usines, de zonings industriels, de champs, d'entreprises agricoles, de bois, de forêts, bref de tout ce qui constitue un milieu de vie. Se contenter de ce qui serait dévolu à la Région centrale du pays par la voie du référendum (les dix communes "à difficultés" et ce n'est pas acquis d'office compte tenu des considérations exposées précédemment) signifie la mort programmée de Bruxelles. Le comble des combles, la K.U.L.,  pourtant peu suspecte de sympathie débordante pour Bruxelles, reconnaît, dans une étude, que Bruxelles devrait compter… 62 communes, de Chaumont-Gistoux (zone téléphonique 010) à Enghien (dans le Hainaut) en passant par Kampenhout (zone téléphonique 016), si l'on tient compte, non seulement du culturel mais aussi de l'habitat, des migrations, du travail et des échanges entre un Centre et sa périphérie. On n'en demandait pas tant, mais si elle le dit…

D'autre part, pourquoi la Région bruxelloise ne devrait-elle comporter que des communes à majorité francophone ( les 19 + les 6) ? Ne serait-il pas plus indiqué, surtout pour ceux qui si souvent se targuent de démocratie, d'exiger que le sort des minorités linguistiques d'importance égale (minorités néerlandophones dans les 19 communes bruxelloises , minorités et… majorités francophones en périphérie) soit résolu par un statut égal , identique, ce qui ne peut se concevoir que si toutes ces minorités relèvent d'une seule et même Région au sein de laquelle leur culture puisse librement s'épanouir, Région par conséquent bilingue de droit, la Région bruxelloise, ce qui n'implique pas nécessairement le bilinguisme des individus qui y vivent, bien évidemment. Ainsi serait garanti le droit des minorités significatives (La Finlande, par exemple accorde des droits aux minorités d'expression suédoise, une fois atteint le seuil de 10 %). Dès lors, cette Région bruxelloise se doit d'être étendue à toutes les communes concernées par cette problématique mais aussi à celles dont il y a lieu de prendre en compte des critères d'ordre socio-économique, bref, à tout ce qui vit de, par et avec Bruxelles ; par surcroit, grâce à l'ajout de communes plus nanties, il en résulterait un meilleur équilibre des recettes, ce qui contribuerait à mieux résoudre les problèmes de pauvreté dans certaines communes défavorisées…".

Il en serait de même pour le règlement des problèmes de mobilité dans et autour de Bruxelles. Et Augustin Dechef de souligner avec  pertinence : "N'est-il pas prémonitoire que l'aire dévolue au R.E.R. correspond à peu près à cette superficie ?

Une question de frontières ? Les grands partis politiques n'en parlent pas. Il est vrai que pour la Flandre, les frontières sont les frontières hollandaise, allemande, française et de la Mer du Nord  entendues avec l'occupant allemand en 1914-1918 dans l'approche d'une intégration de ce territoire dans l'Empire allemand. Une partie de la visée pangermanique de regroupement des ethnies de langue germanique et de possession de territoires donnant accès aux océans est déjà réalisée par la désignation de Bruxelles comme capitale de la Flandre…Une seconde étape sera l'adossement du Benelux dans le puissant Land allemand de Rhénanie-du-Nord-Wesphalie qui ouvrira à l'Allemagne la porte des ports maritimes de la Mer du Nord…

La récente proposition de Mark Eyskens, CD&V, sénateur, ancien Premier ministre, s'inscrit dans cette voie. Elle consacre le concept de confédéralisme régional qui place l'ensemble du territoire belge sous la domination flamande. Cette volonté d'autonomisation de la Flandre est tout à fait naturelle et est inhérente à la nature humaine : la volonté de bénéficier seul de l'avantage en nature. Et la Flandre est infestée de confédéralisme micro-local ; il y a toujours des particules de parti politique pour souffler sur les braises , les partisans du "nous savons gérer, eux sont des incapables de gérer". C'est faire fi des libéralités que la Wallonie a accordées à la Flandre paysanne pendant plus d'un demi-siècle.

La déclaration de Elio Di Rupo, président du PS, préformateur, " Vu les résultats électoraux en Flandre, nous savons que le centre de gravité de la Belgique se déplacera du Fédéral vers les entités fédérées. Mon souhait est que cela puisse se passer d’une manière qui va stabiliser le pays au bénéfice de la grande majorité des Belges", est ressentie comme un aveu de soumission à la Flandre, de concession de nouvelles avancées à la Flandre sans contrepartie équitable. Pour Claude Thayse, sur son blogue : « C’est à la fois triste et grave. Le pire est sans doute à venir quand ils nous annonceront (les partis francophones, ndlr) qu’ils travaillent à une Belgique rééquilibrée… stabilisée sans oser dire pour combien de temps ? Solution temporaire imposée par la force des choses, on entrera dans le confédéralisme comme on est entrée dans le fédéralisme… à reculons. Que de temps et d’énergie perdue à refuser de se rendre compte d’une réalité que le mouvement wallon a clairement démontrée depuis plus d’un siècle maintenant. Il y a plusieurs peuples qui sont piégés sur un même territoire. Alors qu’une solution simple et équilibrée, préservant les choix d’avenir existe dans l’immédiat… ».

Une solution parmi d’autres. La véritable révolution copernicienne ne serait-elle pas celle qui mettra en œuvre le tracé de frontières définitives entre les Régions égales en droit avec la participation active des populations locales concernées.

 

Raymond WATRICE

 

17:56 Écrit par Raymond Watrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : l'architecture institutionnelle, l'autonomie |  Facebook |

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