01/03/2011

ECHEC DU COMPROMIS A LA BELGE ?

 

C’est ce que nous découvrons en lisant l’entretien entre Vincent de Coorbyter, directeur général du Crisp, et Pierre Havaux, journaliste, publié dans Le Vif/L’Express du 31.12.2010. « … Le génie que nous nous prêtons de résoudre tous les conflits par des compromis est un échec manifeste, en tout cas sur le plan communautaire » dit Vincent de Coorbyter. Et de citer la tentative avortée de la scission de BHV, un accord sur la scission à une circonscription électorale, la réforme de l’Etat : « On fait du surplace » souligne-t-il.

Cette position irrite la Flandre profonde,  non seulement la Flandre politique, mais également la Flandre profonde : un constat confirmé par le score de 28 % réalisé le 13 juin 2010 par la N-VA, parti nationaliste, devenant le premier parti de Flandre loin devant le CD&V. Un parti nationaliste devenant incontournable et conscient de sa force.

Une réforme profonde de l’Etat - c’est-à-dire installer la primauté de la Flandre sur la conduite des affaires de l’Etat - dans un premier temps, préparatoire à la liquidation de la Belgique inscrite à l’article premier des statuts de la N-VA. Bart De Wever, président de la N-VA, historien, mettra le temps qu’il faudra : réaliser, étape par étape, l’évaporation de la Belgique ! Il agit selon l’instinct du parfait communicateur et du fin négociateur. « Sa force, relève Vincent de Coorbyter, est de rester fidèle à son discours, de le répéter sans cesse… L’initiative qu’il prend le 4 octobre dernier est un morceau de virtuose : il fait table rase des négociations, renverse l’échiquier et décrète qu’il faut repartir à zéro, tout en brûlant la politesse à tout le monde, y compris aux médiateurs royaux en fin de mission… il reprend donc la main quand la partie risque de s’ensabler, il reste celui qui dénonce la mauvaise volonté des Francophones tout en montrant sa disponibilité ». Du grand art ! souligne Vincent de Coorbyter.

Et Bart De Wever mène la Belgique à la baguette à la manière d’un chef d’orchestre ! Il ramène le M R, parti avec lequel il a des affinités, dit-il, à la table des négociations pour la formation d’un gouvernement. Le Roi Albert II charge le 1er février 2011 Didier Reynders, MR, Vice premier ministre, ministre des Finances, d’une mission d’information d’une dure de 15 jours portant sur trois points : a) BHV et le refinancement de Bruxelles ; b) le transfert de compétences aux entités fédérées, leur financement et leur responsabilisation ; c) le financement dans la durée de l’Etat fédéral. Rien de nouveau !

Un rien plus loquace que les « négociateurs » précédents, Didier Reynders a annoncé le 12 février la possible constitution d’un gouvernement à six : N-VA, CD&V, Open VLD, MR, PS, CDH, tout en laissant la porte ouverte pour l’entrée d’autres partis. A moins d’un nouveau revirement de la N-VA par le dépôt d’une nouvelle exigence s’appuyant sur la position « Less is more », les Belges pourront dans les prochains jours voir apparaître sur les écrans de la télévision la tête du Premier ministre.

Un compromis ripoliné noir et jaune. Une pause de quelques mois, le temps à la Flandre de se requinquer, à la KBC - la banque flamande qui a fait la grandeur de la Flandre, le fleuron de la puissance économique et financière de la Flandre - de reprendre des couleurs, le temps à Bart De Wever de préparer une nouvelle étape après avoir engrangé les « pas de nain de jardin » consentis par les Francophones, le temps de rassurer les agences de notation, les experts du FMI et la Commission européenne, le temps à la N-VA de capitaliser « 35 % des voix flamandes pour faire plier les Francophones ». Le temps de la reprise de la marche en avant de la Flandre vers la mainmise totale sur le territoire belge.

Que restera-t-il aux Francophones ? L’usage misérable des quatre verrous de blocage « momentané » ! La sonnette d’alarme : effet suspensif , décision par consensus du Conseil des ministres ; le conflit d’intérêt : effet suspensif, la procédure retardataire successivement auprès du Parlement wallon, du Parlement bruxellois, du Parlement de la Communauté française, de la Cocof, et, en final, décision par consensus et sans partie contraignante du Comité de concertation ; la composition paritaire du Conseil des ministres : décision par consensus ; les lois spéciales. Procédure utilisée dans les matières institutionnelles et linguistiques. Adoption par 2/3 des élus et à la majorité simple dans chaque groupe linguistique. Droit de veto conféré au Parlement.

La Flandre attendra. «  Le Flamand ne recule jamais. Il a la douce obstination têtue du fanatisme ! » Jules Destée.

 

16:46 Écrit par Raymond Watrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : de coorbyter, de wever, cd&v, évaporation, fmi, n-va, open vld, ps, cdh |  Facebook |

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