25/04/2011

UNION WALLONIE-BRUXELLES : NAISSANCE D'UNE PATRIE

BOUGE L’ESPACE WALLONIE-BRUXELLES

 

Union Wallonie-Bruxelles : Naissance d’une Patrie

La conscience est la lumière de l’intelligence

                                                                        pour distinguer le bien du mal.

Confucius  

 

Il y a quelque 55 ans, Henri Putanier, dans un ouvrage intitulé « L’Agglomération Bruxelloise et le Problème Linguistique » publié par les Editions Librairia, posait la question : Un accord wallo-bruxellois est-il souhaitable ? Ecoutons-le !

Pour l’auteur, la réponse est affirmative, et ce, pour trois raisons : la première raison est que les Wallons et les Bruxellois ont comme langue usuelle le français ; la seconde raison est que les Wallons et les Bruxellois sont férus de liberté et d’individualisme ; la troisième raison est que les Wallons et les Bruxellois doivent s’appuyer les uns sur les autres pour leur survie linguistique car en se brocardant, ils font le jeu des flamingants (comme on disait en ce temps-là).

Le « jeu des flamingants » est tout simplement la flamandisation généralisée de la Belgique que lui dicte le pangermanisme dont l’objectif est de réunir les peuples thiois dans un seul ensemble : l’Empire allemand et faire de celui-ci une puissance maritime et coloniale concurrentielle de l’Angleterre par l’accès direct aux Océans ; la clé des portes des Océans est la Belgique.

La griffe du pangermanisme se retrouve dans les déclarations de personnalités flamandes dont celle d’un magistrat flamand, Van Thielen, qui, en 1848, déclare : « Rien ne peut sauver la Belgique de la déchéance si ce n’est une séparation administrative ».En 1857, le mouvement flamand reçoit un appui marquant de l’Empire allemand par la voix du diplomate Fr. Oether qui l’engage à porter la lutte sur le plan politique afin d’écarter le français de Flandre.

Aussi, Henri Putanier met en garde les Francophones contre tout accord avec les flamingants « qui laisserait ceux-ci conquérir Bruxelles. Ce serait les aider à la réalisation de leurs vœux. Se croire à l’abri de toute nouvelle revendication flamingante, c’est faire preuve d’une étrange naïveté ! Même avec le principe fédéraliste, une prédominance flamande basée sur la loi du nombre, aurait tôt fait d’imposer sa volonté à la Wallonie. Au contraire travailler au libre maintien du français à Bruxelles, c’est contribuer à préserver la Wallonie d’un des plus grands dangers qui la menacent ». Ce danger est la vassalité !

Henri Putanier, s’adressant aux Wallons qui affichent peu de sympathie particulière pour Bruxelles et son agglomération, les invite à faire preuve de clairvoyance. Il leur rappelle la portée de la loi von Bissing de 1921, du nom du gauleiter qui dirigea la Belgique occupée jusqu’en avril 1917 pendant la guerre 1914-1918 ; elle délimitait notamment l’agglomération bruxelloise et se voulait une loi d’apaisement linguistique, on dirait hypocritement maintenant « un accord équilibré ». En réalité, elle était une loi flamande, votée par une majorité parlementaire flamande contre une minorité parlementaire francophone. La première application de l'après Grande Guerre de la loi du nombre. Elle était le jalon sur la voie de la flamandisation généralisée de la Belgique, arrêtée dans un décret promulgué en 1917 par le Raad van Vlaanderen, imposé par l’occupant ; ce décret installait la séparation administrative entre la Flandre et la Wallonie rencontrant ainsi les préoccupations linguistiques du mouvement flamand  : suppression du français dans les communes bruxelloises, flamandisation de l’Université de Gand, de l’Administration, de la Justice et de l’Enseignement en Flandre, intégration à la Flandre des communes bilingues situées le long de la frontière linguistique, suppression du français en Flandre et maintien du flamand en Wallonie dans le cadre d’un Royaume Belgique de type confédéral à deux entités subordonnées implicitement à l’Empire allemand : la Flandre avec Bruxelles comme capitale, la Wallonie avec Namur comme capitale administrative et Liège comme centre culturel. Ce plan, Hitler l’a repris à son compte en 1940 en y incorporant tout le Nord de la France d’idiome flamand.

La griffe du pangermanisme se retrouve dans le programme du Mouvement flamand de l’après guerre 14-18. C’est l’établissement scientifique d’une frontière linguistique décidé en décembre 1917 au Raad van Vlaanderen, Conseil de Flandre, sous l’occupation allemande. Il y est déclaré que « le principe suivant lequel on détermine la limite de répartition des communes entre la Flandre et la Wallonie en se basant sur la langue de la majorité serait une calamité, parce qu’il sacrifierait ainsi les colonies flamandes naissant en pays wallon ». C’est pourquoi le Raad van Vlaanderen proposait une solution scientifique qui tenait compte des routes, chemins de fer, etc. ; de sorte que diverses communes wallonnes devenaient flamandes, notamment Waterloo, Braine l’Alleud, Tubize, Clabecq… en raison de leur rattachement à une route, à une voie de chemin de fer…Bruxelles, de son côté, est délibérément rangée dans la partie flamande du pays.

Henri Putanier demande aux Wallons de réfléchir quelque peu en sachant que ces annexions, par la Flandre, doivent se faire, en outre, au point de vue économique. Il leur dit : « Que ceux qui veulent nous faire cadeau d’une frontière linguistique définitivement fixée, scientifiquement ou non, veuillent bien réfléchir à ces extraits de boulimie flamingante, et qu’ils veuillent bien se rendre compte que chaque fois que les flamingants ont obtenu satisfaction sur un point, le lendemain même ils recommencent la bataille pour avoir plus. Pour eux, la frontière linguistique ne restera jamais longtemps fixée, surtout s’ils sont les plus forts et si leurs intérêts sont en jeu … ». Il fustige les Wallons qui ont marqué, en 1954, leur accord sur le programme flamingant concernant Bruxelles et son agglomération : « Peu importe que la population y soit en grosse majorité d’expression française ; peu leur importe que cette population doive s’étendre au-delà des 19 communes formant l’actuelle agglomération. Ce qu’ils craignent, disent-ils, c’est que s’ils acceptent de sauvegarder les droits des minorités françaises de la périphérie bruxelloise, les flamingants exigeront les mêmes règles pour sauvegarder les minorités flamandes de Wallonie. Ils tombent ainsi sous l’influence des sirènes flamingantes du centre Harmel (PSC, ndlr) qui leur administrent, à haute dose, la formule : « Vous ne supporteriez jamais en Wallonie ce que nous subissons en Flandre et à Bruxelles ! ». Ils font le jeu des Flamands dans leur attitude négative à l’égard de l’usage de la langue française à Bruxelles et dans sa périphérie.

« Laisser les flamingants, écrit Henri Putanier dans son livre, conquérir Bruxelles, c’est aider à la réalisation de leurs vœux. Se croire ainsi à l’abri de toute nouvelle revendication flamingante, c’est faire preuve d’une étrange naïveté ! Même avec le principe fédéraliste, une prédominance flamande basée sur la loi du nombre, aurait tôt fait d’imposer sa volonté à la Wallonie ». Il n’a pas été écouté par ses concitoyens de l’époque ; il ne l’est toujours pas actuellement. La Flandre poursuit inlassablement le rêve pangermanique d’un regroupement des peuples de langue germanique.

Qu’est-ce qui peut encore guider les Wallons ? Toujours cette peur d’une « bilinguisation » de la Wallonie ? Se posent-ils des questions sur ce que font leurs dirigeants actuels en matière linguistique ? N’incitent-ils pas au bilinguisme néerlandais/français ? Ne réalisent-ils pas le rêve du Roi Guillaume d’Orange d’avant 1830 ? Celui d’asseoir la prédominance du néerlandais en Flandre : c’est fait ! ; à Bruxelles et sa périphérie : c’est en bonne voie ! ; en Wallonie : cela se met en place avec la bienveillance de la classe politique ! ; au niveau national : c’est chose faite dans les institutions nationales, dans les représentations au niveau international, à l’armée, dans la répartition des ministères avec six ministères régaliens sur sept dirigés pas des Flamands … Ne vont-ils pas accepter d’étendre le Benelux au puissant land industriel allemand de Rhénanie-du-Nord-Wesphalie de près de 20 millions d’habitants ?

Il ne reste plus à Bart De Wever, N-VA, historien, après le pourrissement de la situation politique, à faire sauter le « bouchon Wallonie » pour réaliser le rêve pangermanique : la réunion de l’ethnie thioise à l’Empire allemand reconstitué et l’accès aux Océans.

La marche du Voorpost du dimanche 27 mars 2011 dans les communes jouxtant la Flandre française : Comines, Mouscron, Ploegsteert, Tournai… est indicative sur l’orientation politique du Mouvement flamand : la récupération des territoires « volés » aux cris de « Het lied der Vlaamse zonen », « Edingen Vlaams ». Le problème bruxellois est considéré comme réglé par le Mouvement flamand : Bruxelles est entre ses mains. Dès lors, l’effort peut être porté sur la Wallonie par un mouvement de tenailles : du côté de l’est, sur Plombières, du côté de l’Ouest sur les communes frontalières hennuyères !

Les Francophones sont-ils conscients que leurs divisions nourrissent le flamingantisme ? Le Mouvement wallon doit s’interroger. Etienne Duvieusart, ancien député, ancien sénateur, s’interroge sur le devenir de la Wallonie dans son livre « Pour l’Indépendance de la Wallonie » : « Dans quelle mesure ces individualistes patentés que sont les Wallons résoudront-ils la crise de société et la crise de leur économie en faisant appel au dynamisme collectif ou en restaurant sous des formes modernes l’initiative de chacun d’eux ? Je ne sais ».

Le citoyen francophone d’en bas s’interroge lui aussi. Qui donc déclenchera une dynamique collective mobilisatrice des forces francophones unifiées ? Qui donc fera souffler sur l’Espace Wallonie-Bruxelles un courant nationaliste d’appartenance à la Communauté française de Belgique ? Qui donc fera battre dans le cœur de chaque citoyen l’amour de l’Espace Wallonie-Bruxelles ? Qui donc libérera l’Espace Wallonie-Bruxelles de la colonisation flamande ? Qui donc s’investira dans une campagne axée sur des thèmes forts, reflets de l’aspiration de la Communauté française de Belgique, tels que : maillage des liens culturels, sociaux et économiques qui unissent déjà Bruxelles et la Wallonie dans l’espace francophone de Belgique ; élargissement de la Région bruxelloise à son véritable hinterland constitué par les communes à facilités, ainsi que son désenclavement  par des voies d’échanges directes et contigües ; inviolabilité de l’article 30 de la Constitution instituant l’unilinguisme ; préservation de l’identité linguistique ; ratification de la Convention-cadre du Conseil de l’Europe relative à la protection des minorités nationales ?

Dans l’attente de celui qui viendra nous libérer de nos complexes, ne baissons pas les bras ; ne nous laissons pas envahir par la pusillanimité ; résistons ; ne nous résignons pas ! Osons dire et répéter à l’Espace Wallonie-Bruxelles : je t’aime. La naissance d’une Patrie.

Raymond WATRICE

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