25.10.2010

TABLE DE DISCUSSION : LES WALLONS DE BRUXELLES ONT-ILS RENIE LEURS RACINES WALLONNES ?

A. DECHEF, 1360 La Hulpe - Je me fais un devoir de répondre,  point par point, au courriel de M Fabrice MEURANT-PAILHE dont question dans le Forum de votre périodique du mois d'octobre 2010.

 

Je ne sais pas si des dizaines de milliers de Bruxellois, comme l'écrit l'intéressé, ont oublié ou renié leurs "racines" wallonnes. Je ne le crois pas mais pour certains, peut-être, la chose ne les intéresse pas ou plus. Sont-ils devenus amnésiques ? Je n'en sais rien ; je ne suis ni médecin, ni psychiatre. Ce que je constate, par contre, c'est que la prose de ce Monsieur est partisane, outrageante voire mensongère quand il parle de "condescendance" dans le chef de ces Bruxellois, quand il prétend, notamment, que la presse bruxelloise, tant écrite et radiophonique que télévisuelle se "moquerait" des spécificités et des revendications wallonnes, tout en se gardant bien de citer des exemples. Et d'apporter son appui à ces régionalistes que l'on pourrait, dit-il, appeler nationalistes (là, il est dans le vrai) que je qualifierais, moi, d'adeptes d'un repli frileux sur leurs terres. Il nous invite, par surcroît, à méditer quelques lignes écrites jadis par Jules Destrée, certes un Wallon des plus remarquables de son époque dans bien des domaines mais qui fut aussi, dans certaines circonstances, il faut le reconnaître, le champion du "dérapage" et le mot est faible.

En effet, lecteurs de "4 millions 7", lisez très attentivement, relisez-les même, ces lignes reprises entre guillemets, depuis "une seconde espèce de Belges" jusqu'à "agglomérat de métis", propos immondes s'il en est, proféré par cet illustre personnage et qui s'apparentent presque à du racisme du plus mauvais aloi qui, de nos jours, serait sanctionné par les Tribunaux. Il n'est d'ailleurs qu'à parcourir la lettre qu'il adressa au roi sur la séparation des Wallons et des Flamands, dans laquelle on pouvait lire : "Sire, il n'y a pas de Belges" qui démonte, si besoin en était, que des séparatistes sévissaient aussi au sud du pays, déjà à cette époque. Quel duo de choc il aurait fait avec Bart De Wever pour disloquer notre territoire s'ils eussent été contemporains !

Et M Meurant-Pailhe de, quand même, nous inviter à constater la "dureté" des termes utilisés par le Grand Jules. Moi, je parlerais plutôt de l'ignominie qui transpire dans tout ce texte qu'il nous invite à méditer ! Je ne puis décrire la honte que je ressens à la lecture de ce pamphlet raciste, nationaliste, séparatiste et pour tout dire écoeurant.

D'autre part, vous écrivez, M Meurant-Pailhe, que "pour certains Wallons, les Bruxellois… ont accepté la domination flamande" ! Vraiment, quand on prend connaissance des déclarations de la plupart des responsables politiques bruxellois ? Il n'est pour s'en convaincre qu'à s'en référer à leurs propos, qu'ils s'agisse de MM Olivier Maingain ou Didier Gosuin, en toute première ligne quant à la défense des Francophones, de M Charles Picqué, de Mme "Non" et de bien d'autres. Quant à la population bruxelloise, presque quotidiennement victime de tracasseries flamandes en tout genre, je la vois mal accepter la domination flamande ou une quelconque domination d'ailleurs. Il suffit d'écouter ce qui se dit en rue pour se rendre compte que les Bruxellois sont bien conscients des menaces de cogestion qui pèsent sur leur ville, voire de la remise en question du statut de celle-ci comme troisième Région à part entière.

Quant à votre "preuve" d'acceptation dune domination flamande, elle ne tient absolument pas la route. Le nombre d'enfants francophones inscrits dans des écoles flamandes - et croyez que je déplore vivement ce fait - n'est pas du tout à attribuer, comme vous l'écrivez à ce que leurs parents auraient "renoncé à leurs origines" ou exprimeraient la volonté d'assurer à leur progéniture un "idéal confortable…médiocre" (ce verbiage-là, à relents méprisants, il faudra que vous nous l'expliquiez !). Non, ces parents sont simplement bernés ; ils sont victimes d'arguments fallacieux, tant de la part de journalistes que de politiciens ou simples citoyens qui leur débitent que seules les écoles flamandes sont à même de former de vrais bilingues, la connaissance du français étant de toute façon acquise au foyer et par la rue ; c'est simpliste et faux, bien évidemment, mais c'est ce qu'on a réussi à leur faire croire après les avoir convaincus que l'avenir professionnel de leurs enfants était conditionné par la connaissance des deux langues nationales du fait que la plupart des employeurs ne recrutaient plus que des éléments bilingues, ce dernier argument n'étant pas tout à fait dépourvu de pertinence ; toutefois, pour ce faire, il y a bien d'autres techniques à envisager que de les confier aux écoles flamandes mais ce n'est pas l'objet de la présente controverse. Ce que je voulais simplement vous dire, c'est que ces parents agissent de bonne foi, soucieux seulement de ce qu'ils croient, bien à tort certes mais très sincèrement toutefois, être de l'intérêt de leurs enfants, loin de toute considération de racines…

Vous vous posez, en outre, la question de savoir qui pourrait vous indiquer pourquoi le sentiment wallon, naguère répandu chez les Wallons qui se sont installés à Bruxelles, s'est progressivement étiolé à ce point. Vous pouvez vous-même y répondre en regardant dans le rétroviseur de l'Histoire ; vous constateriez que le temps a fait son oeuvre en ce sens que les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants de ces Wallons venus habiter à Bruxelles sont devenus des Bruxellois. Il en va ainsi partout de par le monde ; on s'intègre peu à peu là où l'on vit et les racines finissent parfois par disparaître. En outre, tous ces descendants sont-ils encore de purs Wallons ? Il faut bien reconnaître qu'à Bruxelles, avec l'extraordinaire foisonnement de populations, de plus en plus prononcé chaque jour, entrainant un brassage des populations tel qu'il n'est plus possible aujourd'hui d'encore s'identifier en fonctions de racines ancestrales.

Bruxellois d'origine, Wallons d'origine, Flamands d'origine et immigrés venus pratiquement de tous les coins de la planète se sont à ce point mélangés que finalement un troisième peuple a vu le jour au fil des ans, le peuple bruxellois. Jadis, on ne parlait que de Wallons et de Flamands en Belgique. Ce peuple bruxellois n'a fatalement plus le mode de vie, de pensée, de comportement que le peuple wallon ou le peuple flamand. C'est un constat, ni plus, ni moins. Il a toutefois largement donné priorité à la langue française, langue de la clarté, de la pureté, de l'élégance et qui, par sa grande précision, apparaît comme la langue de communication par excellence, le phare dans la formulation de la pensée. Puisse cette belle langue française jouer le rôle de ciment entre la Wallonie et Bruxelles.

Pour terminer, je dirai que si, effectivement, il n'y a plus de sentiment wallon à Bruxelles, à quelques exceptions près, il y a lieu cependant de mentionner quelques cercles et associations de caractère wallon bien présents et actifs dans la Capitale  (Cercle royal borain de Bruxelles, Association royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie, Cercle couvinois de Bruxelles, Cercle royal gaumais de Bruxelles, etc…). Rassurez-vous, Monsieur, il n'y a pas davantage de "sentiment" flamand, ou espagnol, ou africain, ou tout ce que vous voulez. Seule, semble se dessiner une prise de conscience bruxelloise (ce n'est pas vraiment un "sentiment" bruxellois), fonction des préoccupations multiples du moment.

En effet, les Bruxellois sont présentement très préoccupés, tant par leurs problèmes d'ordre socio-économique (taux de chômage de plus en plus élevé, d'où un état de pauvreté qui gagne du terrain, manque de terrains industriels qui pourraient accueillir de nouvelles entreprises, etc…) que par les agressions flamandes permanentes dont ils font l'objet. Ils sont particulièrement inquiets du sort que voudraient leur réserver les gens du Nord, du style Bart De Wever et autres extrémistes (il n'en manque pas). Ils ont vraiment l'impression d'EXPIER ils ne savent trop quelle faute, de par le joug de lois liberticides imposées par une majorité parlementaire flamande qui use et abuse déjà  et abuserait bien davantage encore, à l'avenir, de cette force numérique pour les soumettre à leurs vues ; cette inquiétude est ressentie aussi bien par les Bruxellois intra-muros (les assiégés confinés et encerclés dans leurs 19 communes) que par les Bruxellois extra-muros (les laissés pour compte de la périphérie bruxelloise, nonobstant le fait qu'une véritable Région bruxelloise viable se devrait de correspondre à son aire socio-économico-culturelle, grosso modo l'étendue de la zone téléphonique 02, c'est-à-dire à ce quelle est dans les faits à défaut de l'être de droit).

Je ne peux que me réjouir de cette prise de conscience bruxelloise laquelle, au demeurant, n'implique nullement, cher Monsieur, d'avoir à renier ou … conserver ses racines ou même, tout compte fait, à y être indifférent. Ce devrait être finalement comme chacun le ressent, non ?

 

DECHEF A.

29.07.2008

LA WALLONIE SE RAPPROCHE DE LA FRANCE PROFONDE ...

Selon un sondage Ipsos réalisé par "Le Soir" et "La Voix du Nord", un Wallon sur deux se verrait Français : 49 % des Wallons sont favorables au rattachement à la France. Les Français du Nord-Pas-de-Calais y sont majoritairement ouverts : 60 % des Français de cette Région de France. Un grand pas en avant ! ++ Un résultat en progression spectaculaire sur quelques mois, souligne le quotidien Le Soir du 29 juillet 2008 : une enquête de l'UCL, réalisée entre le 10 octobre 2007 et le 15 janvier 2008, évaluait la proportion de Belges en faveur de cette issue à 29 % , soit une augmentation de 20 % ! La progression est aussi marquante du côté français : 54 % des sondés favorables en 2007, soit une augmentation de 6 %. ++ Autre observation significative : 70 % des Wallons pensent que la disparition de la Belgique ne fait plus de doute. Etonnant ? Non. Les Franciens belges ont marre de la Belgique flamande qui maintenant agresse leur langue et leur culture françaises. Ils ne digèrent pas les slogans, entre autres "Walen buiten" (Les Wallons dehors), "België barst" (Que la Belgique crève), qui véhiculent la néerlandisation, c'est-à-dire la flamandisation, généralisée de la Belgique de La Panne à Arlon en passant par Bruxelles ! Tous les postes ministériels régaliens à visibilité internationale sont entre les mains des Flamands, la présence des forces belges à l'étranger glisse vers une intégration avec les forces néerlandaises, le Benelux économique s'adjoindrait en 2010-2012 le puissant Land allemand de Rhénanie-du-Nord-Wesphalie (18 millions d'habitants) ; les 4 000 000 de francophones seraient noyés dans un conglomérat de quelque 40 000 000 d'habitants de langue germanique. Dès lors, l'avenir du français, langue vernaculaire de plus de 4 000 de Wallons, de Bruxellois et de francophones de Flandre, suscite des doutes croissants au regard des agressions de plus en plus virulentes contre son utilisation dans les actes de la vie courante. ++ Et puis, la France, la douce France, apaise, rassure. Charles de Gaulle en 1965, il y a 43 ans, disait : "La Belgique, il ne faut pas y toucher… Ou alors, il faudrait que les Flamands rendent la vie impossible aux Wallons, et qu'alors les Wallons se jettent dans nos bras…". Jacques Attali, ancien conseiller spécial de François Mitterand, plus récemment, affirmait à propos du sentiment des Français : "… S'ils étaient consultés demain sur l'éventuel rapprochement des francophones de Belgique à la France, 95 % des habitants de l'Hexagone répondraient favorablement…". Jacques Chirac, ancien président de la République française, à l'occasion de la visite d'une délégation liégeoise le 03 juin 1996 s'exclamait : "… Aujourd'hui, ce ne sont pas des visiteurs étrangers qui sont présents à l'Elysée mais des compagnons, des frères…". ++ La France est là ! L'Espérance d'une dignité refleurie.