09.11.2007
BHV : UNE SCISSION QUI EN ANNONCE UNE AUTRE
CARTE BLANCHE - Cela fait maintenant plusieurs années que les initiales « B.H.V. » apparaissent régulièrement à la une de l'actualité politique nationale. Peu de personnes en Belgique ignorent que cet acronyme est synonyme de crise politique communautaire majeure. - BHV, c'est une histoire de « scission ». Scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde réclamée par les partis flamands. Scission de la Belgique aussi, véritable épouvantail brandi comme une menace en cas de nouvel échec d'une négociation portant sur cette problématique. - A échéances régulières, les médias se livrent méritoirement à un exercice pédagogique pour démêler aux yeux des citoyens le noeud juridico-politique qui sous-tend ce dossier et anime les passions communautaires. Il est alors souvent question des droits des francophones de la périphérie bruxelloise, de leur capacité de voter pour des candidats francophones au Parlement fédéral, d'être jugés par des magistrats de leur rôle linguistique, des conséquences d'un arrêt de la cour d'arbitrage de mai 2003, de la fixation historique de la frontière linguistique et de l'homogénéité territoriale de la région flamande. - Certaines d'entre elles peuvent être agrémentées de projections en sièges à la Chambre des Représentants, de découpages alternatifs des circonscriptions électorales ou présenter les ébauches de compromis institutionnels potentiels en évoquant notamment les négociations avortées de 2005 et l'extension des compétences de la Communauté française dans certaines communes périphériques à Bruxelles. - Même si l'on touche à des droits fondamentaux (le droit de vote, l'accès à la justice, le libre emploi des langues), il n'est pas toujours évident de saisir les raisons profondes de la polarisation nationale autour de ce dossier. Les citoyens flamands qui arborent en nombre des tee-shirt jaunes aux invariables slogans « BHV, splits nu ! » mesurent-ils réellement les effets supposés d'une telle scission sur la francisation de la périphérie ? - Les citoyens francophones de Hal-Vilvorde verront-ils leur quotidien profondément bouleversé s'ils sont privés de la possibilité de voter lors des élections fédérales pour des candidats également soumis aux suffrages des Bruxellois ? - Face au sentiment d'urgence qui prévaut aujourd'hui et aux risques bien réels de dislocation du pays, on pourrait être tenté de penser que le problème ne mérite pas les passions qu'il soulève. Qu'un compromis vaudrait bien mieux que les dangers encourus par la Belgique entière à cause du blocage actuel. - Pourtant, derrière la technicité rébarbative du dossier, il y a bel et bien un enjeu qui mérite l'attention qu'on lui porte et qui pourrait avoir des conséquences majeures pour l'avenir de notre pays. - Il y a d'abord la question de la méthode. Il est encore trop tôt pour prédire l'issue finale de ce dossier. Mais il est clair qu'une solution unilatérale avec un passage en force au Parlement, majorité flamande contre minorité francophone, constituerait un signal dévastateur pour notre modèle fédéral. - Si ce modèle n'était plus à même de garantir les droits de la minorité francophone ou de créer les conditions d'un équilibre entre les composantes de l'Etat, c'est que nous serions entrés dans une nouvelle phase de notre histoire institutionnelle dont la séparation sera l'inéluctable aboutissement. - Il y a ensuite le problème de fond. Celui des frontières. Celui du territoire. Celui de l'enclavement de Bruxelles. - Le sort que certains veulent réserver à Bruxelles est malheureusement caractéristique de cette incapacité chronique du modèle belge à dépasser les passions communautaires pour chercher un résultat bénéfique pour tous. - Rudy Aernoudt a mille fois raisons lorsqu'il affirme que Bruxelles ne devrait pas constituer un problème pour les régions voisines mais une véritable chance pour l'ensemble du pays. Le dynamisme économique de Bruxelles constitue le plus important potentiel de développement pour la Flandre et la Wallonie. Pour pouvoir l'exploiter à son maximum, il est nécessaire de construire une collaboration performante entre l'autorité fédérale et les trois régions autour de la gestion de la zone économique constituée par Bruxelles et une part conséquente des deux Brabants. - L'expérience du passé nous apprend que seule une collaboration d'égal à égal entre institutions dotées d'une véritable représentativité politique permettra que les intérêts de tous – c'est-à-dire en ce compris des habitants de Bruxelles – soient respectés. - La scission de l'arrondissement de BHV est un non-sens puisqu'elle détruit le seul espace politique au sein duquel des élus des deux rôles linguistiques peuvent assurer une cohérence et une unité de vision concernant Bruxelles et son hinterland économique. - A moins que l'objectif inavoué et inavouable soit de permettre à terme la coupure plus profonde entre Bruxelles et le reste du pays pour tracer dès à présent les frontières d'une entité politique flamande - indépendante ou non - englobant définitivement Bruxelles. - On comprend que dans cette optique, les maigres compensations qui consisteraient à permettre à quelques francophones de la périphérie de venir à Bruxelles exercer épisodiquement (et temporairement ?) leur droit de vote en dehors de la commune de leur domicile seraient très largement insuffisantes pour contrer le véritable danger que fait planer le scénario d'une scission. - Il est encore temps de faire fonctionner une structure fédérale respectueuse des spécificités de chacun mais également capable de créer les conditions d'une collaboration de tous dans l'intérêt général. Ce chemin peut passer par une nouvelle réforme de l'Etat même si cela n'est pas forcément indispensable. - Mais ne nous trompons pas en croyant qu'accepter la scission de BHV constituerait un dernier compromis qui mettrait fin aux velléités séparatistes d'un nombre chaque jour croissant de nos compatriotes. Le soulagement immédiat d'avoir évité le pire sera bref et laissera vite la place au regret d'avoir concédé trop tôt une scission qui pourrait en préfigurer une autre à l'échelle du pays. - Charles Picqué Ministre-Président de la Région de Bruxelles-Capitale
14:13 Écrit par Raymond Watrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carte blanche, bhv, scission, parlement federal, epouvantail, frontiere linguistique, compromis institutionnels, circonscriptions electorales, charles picque, autorites federales |
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31.10.2007
L'ANACHRONISME DES LOIS LINGUISTIQUES...
Dans une carte blanche, publiée dans le quotidien Le Soir des mercredi 31 octobre et jeudi 1er novembre 2007, Georges CLERFAYT, député fédéral honoraire, ancien président du FDF, fustige l’attitude nationaliste des partis flamands. « … Ce nationalisme qui implique intolérance et exclusion de l’autre, induit également un repli sur soi, des interdits et discriminations envers les allochtones, un souci chatouilleux des frontières, un protectionnisme abusif qui est, en même temps, asocial et anti-libéral. -… Ainsi un ferment de division inéluctable de l’Etat belge a été inoculé par les lois linguistiques de 1932 qui, sous prétexte d’établir la paix intérieure entre les communautés organisèrent des territoires sous-nationalistes linguistiquement et culturellement homogènes. Ce principe d’homogénéité était cependant tempéré par le recensement linguistique décennal. -…Hélas, en 1962-63, la souplesse d’adaptation résultant du recensement fut éliminée par les lois exigées et obtenues dans un mauvais « compromis à la belge » par les nationalistes flamands… Ces lois prétendirent figer une fois pour toutes les territoires homogènes en fixant, définitivement paraît-il, la frontière linguistique. - … Mais dans la deuxième moitié du XXe siècle, s’est construit un nouvel idéal démocratique qui réprouve le nationalisme, qui prône l’internationalisme, les Droits de l’Homme, et qui, en Europe, promeut la tolérance et le développement d’une seule Communauté européenne, certes hétérogène mais consensuelle et respectueuse des droits de chacun. -… Nos lois linguistiques de 62-63 sont ainsi anachroniques, comme est anachronique – et hors loi européenne – l’attitude des partis flamands, du Parlement flamand, du Gouvernement flamand, des juges flamands du Conseil d’Etat, envers les minorités francophones, notamment dans la périphérie bruxelloise où elles sont très fortes et même majoritaires dans les six communes à facilités. - … La Flandre n’est pas un Etat indépendant, mais n’est qu’une partie de l’Etat belge… Le citoyen d’un Etat peut-il perdre des droits et son identité culturelle et linguistique lorsque, dans son propre pays, il franchit une limité administrative interne ? … Les partis flamands sont-ils modernes et contemporains ? Sont-ils démocratiques et respectueux de tous les principes établis ? Sont-ils européens ? - … De grâce, pour BHV, pas de marchandage médiocre, par de nouveau (mauvais) « compromis à la belge » qui ne résout rien… Il ne s’agit pas seulement, et de loin, de trouver une petite formule de cuisine électorale pour permettre aux partis francophones de conserver 75 000 voix ! On demande des hommes d’Etat avec une vision rationnelle et démocratique ».
14:45 Écrit par Raymond Watrice dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : anachronisme des lois linguistiques, allochtones, partis flamands, bhv, hommes d etat, carte blanche, clerfayt, etat belge, protectionnisme, territoires sous-nationalistes |
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