08.09.2008

FORUM : MESSAGE DE BARBERIS FRANCOIS ...

... Je ne vois en fait qu'un seul acteur sur le terrain : la force nationale flamande. En face, rien. Le sondage qui donnait ce chiffre de 49% d'adhésion à l'idée d'une réunion à la France (en cas se scission de la Belgique...) et que certains trouvaient miraculeux, ne veut en fait rien dire de plus que nous ne savions déjà : wallons et français sont deux peuples frères. Je pense en fait que les Wallons se sentent (à tort, bien évidemment) protégés par la future frontière d'état et que peu leur chaut de subir la domination flamande, pourvu qu'ils aient leur niveau de vie plus ou moins garanti et que cette domination soit "douce" (c'est-à-dire sans violences physiques). Ils ont bien tort de penser ainsi, mais ils ont des circonstances atténuantes, puisque tant le discours du PS ("il faut s'occuper d'abord du besoin des gens"- Elio di Ruppo) que celui du MR ("priorité au socio-économique"- Didier Ryenders) les maintiennent dans cette illusion que la protection de leur niveau de vie peut être envisagée indépendamment de la question nationale (ce que vous appelez bien à tort "l'institutionnel"). Nous sommes bien d'accord sur cette analyse : la question nationale prime tout. Il n'est aucune prospérité économique possible, aucun niveau de vie acceptable dans l'asservissement culturel et politique. L'intérêt géostratégique bien compris des wallons est d'adhérer au projet politique français qui pourrait faire de votre pays le nouvel axe de pénétration économique vers le nord et l'est de l'Europe via les deux grands ports en eau profonde qui, dès le mois d'octobre, vont retrouver leur liberté de manoeuvre à la suite de la modification de leur statut. J'ai cité Marseille et Dunkerque au premier chef. Mais faut-il encore que les wallons en soient conscients et acceptent ce projet de développement territorial qui les bousculera, au lieu de compter sur la pérennité (douteuse) d'un plan marschal. L'intérêt géostratégique des Bruxellois est d'adhérer clairement au fait français et de se mettre sous la protection culturelle, linguistique (et donc politique) de Paris. Seul Paris peut garantir à Bruxelles le maintien de sa diversité multiculturelle, le développement de son statut de capitale. Mais encore faut-il que les bruxellois en soient conscients et le demandent. Or, cette double prise de conscience, des wallons d'une part et des bruxellois d'autre part, je ne la vois guère venir. Si cela était le cas, la presse francophone devrait être porteuse de ce sujet, or je constate que si ce sujet existe dans les colonnes, il n'est traité que de manière secondaire, alors qu'il conditionne tout le reste. Certes, je pense que, à terme, la stratégie flamande est condamnée à l'échec pour au moins deux raisons : leur démographie, désastreuse; l'enfermement du port d'Anvers qui ne pourra bien longtemps continuer à jouer son rôle de poumon économique pour la Flandre, dans l'impossibilité qu'eil sera demain d'accueillir des vaisseaux de plus de 15 mètres de tirant d'eau, alors que dans 10 ans au plus, tout le trafic se fera par porte conteneurs de 25 mètres. On peut compter sur les hollandais pour freiner le développement d'Anvers de manière à conserver le leadership sur les navires de moins de 15 m qui continueront néanmoins de naviguer... Or étouffer Anvers, c'est étouffer la Flandre. Les hollandais l'ont bien compris qui pourront ainsi se présenter comme le seul recours politique possible pour une Flandre vieillissante (55% de plus de 65 ans en 2030) et agonisante (perte d'un million d'habitants par rapport à aujourd'hui). De notre côté, j'ai bien conscience que nous n'offrons pas en ce moment la meilleure image pour séduire wallons et bruxellois et déclencher l'enthousiasme. Depuis 35 ans il est vrai, nous vivons à crédit, n'ayant jamais été capables de voter un budget en équilibre (sauf 1 année sous Raymond Barre). Et l'on peut se demander si le jour viendra où cela changera. Or ce jour viendra, par nécessité. Il suffit pour rétablir les finances publiques du pays de faire passer la TVA de 19,6% à 22,6%, exactement ce que les allemands ont su faire. Je suis économiste, je connais donc tous les effets pervers d'une telle mesure. Cette mesure est aujourd'hui politiquement impossible. Mais le jour viendra où elle s'imposera, dans la douleur certes, mais elle s'appliquera et en quelques années la situation des finances publiques françaises, qui conditionne tout le reste et donc le social, devrait être rétablie. Que pouvons nous, nous français, faire pour vous actuellement ? A vrai dire peu de choses. De Gaulle avait bien résumé la question. Sans un appel clair et dénué de toute ambiguïté de la part des instances représentatives wallonnes et bruxelloises, rien ne me paraît possible, du moins pour l'heure. Je pense en fait que mon gouvernement attend une opportunité pour prendre position. C'est pourquoi nous demeurons silencieux, mais vigilants et solidaires. Bon courage. François Barberis--