02.06.2010

BHV : UNE PISTE POUR UN COMPROMIS A LA BELGE...

Présentée par Marcel BOLLE de BAL, professeur émérite de l'ULB+ + + Une idée répandue aujourd’hui, partout répétée dans les médias et le monde politique : la « frontière linguistique » aurait été définitivement fixée en 1962-63. Cette affirmation ne correspond pas à la réalité historique. En ce temps-là, il existait, en dehors d’elle, un « arrondissement spécial » réunissant notamment les communes dites « à facilités ». Freddy Terwagne, ministre des Réformes Institutionnelles, l’a reconnu : par écrit : ces communes « étaient juridiquement en l’air », ni en Flandre, ni intégrées à Bruxelles, mais dépendant d’une autorité nationale. Le ministre Gilson, artisan du compromis de 1962, a redit, peu avant sa mort , que la fixation de la « frontière » n’était alors pas définitive dans l’esprit des signataires (tout au moins francophones). + + +Ce n’est qu’en 1988 que cette « frontière » est devenue (provisoirement ?) définitive : ces communes ont été placées sous la tutelle de la région flamande, source de tous les problèmes actuels : non nomination de trois bourgmestres démocratiquement élus, grignotage des facilités, tracasseries administratives, circulaires Maertens et Peeters, pratiques discriminatoires en matière d’accès à la culture et au logement social, inspection scolaire, blocage de dossiers communaux, contestation de l’envoi de convocations électorales dans la langue de l’électeur, etc. + + +Du point de vue de l’observateur scientifique, le nœud du problème réside dans le fait que la réalité institutionnelle et politique ne correspond pas en l’occurrence à la réalité sociologique bilingue de ces entités à fortes majorités francophones. Tant que ce hiatus ne sera pas supprimé, tant que ces deux réalités ne seront pas remises en concordance, les problèmes continueront à prospérer : les habitants de ces communes ne se sentent ni bruxellois, ni flamands, mais tiennent à vivre dans un environnement bilingue au sein duquel les relations de voisinage sont amicales et cordiales ; Scinder BHV sans reconnaître à ces communes leur ancien statut bilingue de fait (avant 1962) ne fera que nourrir de futurs et interminables conflits. + + +Alors, que faire ? Elargir Bruxelles en y intégrant au moins les six communes à facilités : tel est le désir des francophones, exprimé à maintes reprises par des motions votées par les conseils communaux de ces entités. Opposition flamande. Scinder purement et simplement BHV : tel est le désir des politiques flamands. Opposition francophone. Pourquoi ne pas envisager une solution médiane : faire de ces communes une « région de contact », un « arrondissement communautaire », bénéficiant d’un régime bilingue (une tutelle fédérale, bi-régionale ou bi-communautaire ?), au sein duquel l’égalité entre les deux communautés serait garantie par la loi ? Une telle solution ne pourrait-elle constituer un bel exemple de « compromis à la belge » : pas d’élargissement de Bruxelles (demande flamande), une tutelle bilingue (demande francophone). Pouvons-nous rêver à une « paix des braves » de cet ordre ? Cet arrondissement serait, symboliquement et concrètement, le lieu de rencontre, de dialogue, d’échanges entre nos deux cultures, la consolation du « chagrin des Belges », le fondement d’un nouveau « pacte des Belges » …+ + +Intellectuel politiquement libre et surtout citoyen engagé, inquiet pour l’avenir de ce pays que j’aime, chaud partisan d’une Belgique fédérale unie, j’éprouve le désir d’en appeler à tous les candidats aux élections du 13 juin et aux futurs élus, pour qu’ils résolvent – si possible une fois pour toutes - la question de BHV par la conclusion d’un compromis honorable où chaque communauté et chaque région trouveront de réelles satisfactions : la voie que je viens d’esquisser ne pourrait-elle être utilement explorée par tous ceux qui ont à cœur le devenir de nos concitoyens au sein d’un pays pacifié ? Tel et mon vœu le plus cher.